
Le Guadeloupéen Olivier Méry nous a sorti en octobre 2026 un AfroManga innovant avec une héroïne éponyme digne des plus grands shōnens du Pays du Soleil Levant 🇯🇵 comme protagoniste à suivre. Une histoire qui a conquis l'équipe Waxan par l'intelligence de la construction de son univers, mais aussi par l'antagonisme de pouvoir et d'idéologie entre la protagoniste et l'ennemi de l'œuvre.
⭐⭐⭐⭐☆ (4/5)

Dans Nalany, nous suivons une jeune fille de 15 ans qui rêve de découvrir le monde au-delà de sa ville de Lamentina. Mais dans cet univers où chaque frontière est surveillée par la milice d'un dieu prétendu tout-puissant, le simple fait de voyager devient un acte de rébellion. Le tome 1 de Nalany, intitulé « Le son de la rébellion », est édité par la maison d'édition Caraïbéditions. C'est une œuvre imaginée par Olivier Méry, avec le dessinateur français Alexandre Chair aux planches illustrées.

Olivier Méry est connu pour sa chaîne YouTube Fumigène H, mais surtout pour son AfroManga "Frantz Fanon, les Couleurs du Combat". Accompagné par Daniel Fernandes de Almeida sur son œuvre précédente, il nous proposait un Frantz Fanon de la fin de son adolescence jusqu'à sa mort, dans une posture très shōnen, doté d'un immense charisme. L'histoire était remarquablement renseignée sans jamais paraître ennuyeuse : au contraire, Frantz Fanon brillait de mille feux sous le coup de crayon de Daniel Fernandes de Almeida, et ses concepts politiques et décoloniaux étaient brillamment distillés par Olivier Méry. D'ailleurs, nous avons fait une review détaillé de l'œuvre sur YouTube > https://youtu.be/IX_tS010I0w?si=sbWiP5uya9AayRBq

Mais dans cette nouvelle œuvre, Olivier Méry réussit-il le pari de rendre un shōnen captivant dans un univers afro-caribéen ?
La réponse est oui, d'emblée. L'entrée dans cet univers s'ouvre sur une course entre Nalany et Peppo. Et oui, Peppo est un clin d'œil direct à Poppu, personnage de Dai no Daiboken (Fly) — une inspiration qu'il assume jusqu'à son nom. Ces deux personnages deviennent très vite attachant·es. Nous avons Nalany Makaya, l'agitée et la rêveuse, toujours prête pour l'action, accompagnée de son ami Peppo Otoley, très intelligent mais craintif, même s'il compense ses peurs par ses gadgets. Un flirt s'opère entre nos deux protagonistes, sans pour autant constituer le cœur du récit.

Ce qui nous intéresse, c'est la quête de Nalany : explorer le monde d'Harmonia. Xélios, un être qui a autrefois vaincu le roi des démons, a fondé ce monde de « paix ». Cependant, cette paix a un coût : cet homme aux pouvoirs gigantesques est désormais vénéré comme un dieu et dirige le monde d'une main de fer à l'aide de sa milice.

Si j'ai autant apprécié l'œuvre, c'est pour son continent fictif, Aazania. Il est traversé par des peuples, des paysages et des cultures qui puisent leurs inspirations directement en Afrique 🌍 et dans les Grandes Caraïbes 🏝️. Le nom est inspiré d’« Azania », la désignation d'une partie du continent africain à l'époque de l'Antiquité grecque.
Dans Aazania, nous retrouvons des villes comme Dakara (inspirée de Dakar 🇸🇳), Bamak (inspirée de Bamako 🇲🇱), mais aussi Cayenna (inspirée de Cayenne 🇬🇫), Lamentina (inspirée du Lamentin 🇬🇵), La Pointe (inspirée de Pointe-à-Pitre 🇬🇵) et Le Fort (inspiré de Fort-de-France 🇲Q). Des références afro-caribéennes qui m'ont énormément plu !
À travers cette lecture, j'ai également appris à mieux connaître le Gwoka, ce genre musical, chorégraphique et chanté traditionnel de la Guadeloupe 🇬🇵, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2014. Les pouvoirs de Nalany sont d'ailleurs directement tirés de cette danse et de ses vertus spirituelles, grâce aux vibrations transmises aux danseur·seuses et à leur impact sur le monde environnant.

En parlant de pouvoirs, j'ai beaucoup aimé les combats, davantage pour leur portée symbolique et le rythme de la narration que pour la beauté pure des planches. Car le plus gros point faible de l'œuvre réside dans sa patte graphique. Je n'ai pas totalement accroché au style d'Alexandre Chair, notamment en raison du trait particulier des visages et des nez très arrondis. Ce qui m'a également dérangé, c'est la représentation des femmes, qui frise parfois la misogynie avec un male gaze très marqué, une sursexualisation et des poses suggestives non nécessaires. Autre aspect en retrait : un humour burlesque très « pipi caca » qui désamorce parfois la tension.
En dehors de ces points, le rythme est excellent. Nous sommes immédiatement plongés dans l'action, puis la pensée et les ambitions des personnages nous sont dévoilées pour créer un véritable attachement — et cela fonctionne parfaitement. Les moments héroïques de Nalany face à la milice de Nefrosia, alliés aux flashbacks réussis de nos protagonistes, font de cet AfroManga une œuvre passionnante et prometteuse. Son lore est déjà bien construit et son système de pouvoir, le Ka, ne demande qu'à être davantage développé.
Si vous souhaitez soutenir cette jeune œuvre, son auteur passionné venu de Guadeloupe 🇬🇵 et la maison d'édition Caraïbéditions, n'hésitez pas à en parler autour de vous !
Nalany — Tome 1 : Le Son de la Rébellion est disponible dans toutes vos librairies (n'hésitez pas à le commander auprès de vos libraires) ainsi qu'en ligne.

« En faisant du Gwoka la source du système de pouvoir de son héroïne Nalany, Olivier Méry transforme la danse traditionnel de la Guadeloupe en véritable force de rébellion »

KEMBO
Passionné d'AfroMangas, j'aime analyser les œuvres de Pop-culture Africaines, Caribéennes et Afro sous un angle des sciences sociales et décolonial.
Travail actuellement sur l'AfroManga Isegh Essengo en tant que scénariste, auteur et éditeur
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